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Chantilly, le bel endormi


Florence Lebert

Le fantôme du duc D’Aumale se promène dans les couloirs du Château de Chantilly. Henri d’Orléans est toujours présent dans son domaine qu’il a donné en 1886 à l’Institut de France, la maison mère des Académiciens. «Monseigneur», comme on l’appelle encore ici, a laissé derrière lui un joyau : la deuxième collection de France de peintures après le Louvre (Botticelli, Raphaël, Van Dyck, Poussin, Ingres, Delacroix… ), 2 500 dessins, 2 500 gravures, 30 000 livres et 1 500 manuscrits. Construit vers 1560 puis réaménagé jusqu’au XIXème siècle, Chantilly semble plongé dans un profond sommeil. Rien n’a changé depuis près de 120 ans. Dans son testament, le duc a interdit à jamais la vente, le prêt et le déplacement de ses œuvres et de ses biens. Pour Nicole Garnier, conservatrice du musée depuis quatorze ans, cette contrainte est aussi une chance pour la préservation et la conservation des œuvres. « Elles ne voyagent pas et ne s’abîment pas dans les transports. » Malgré cet arrêt dans le temps, le cœur de Chantilly n’a jamais cessé de battre. Ne serait-ce que par ses nombreux employés qui y travaillent et qui participent à faire « vivre » les lieux. Une quinzaine d’entre eux jouissent d’un logement de fonction comme la conservatrice qui habite au château d’Enghien, une longue bâtisse face au château de Chantilly. « Le Musée ne possède pas d’espace pour les archives ni de réserve visitable comme il y en a souvent dans les musées. Mais nous avons ce que j’appelle une réserve habitable » souligne-t-elle avec un léger sourire. Dans son appartement trône le gisant du duc D’Aumale en plâtre. Nicole Garnier l’a recouvert d’un lourd tissu et placé dans le coin de son salon. Elle compte parmi ses voisins le célèbre historien et académicien Alain Decaux et Frédéric Nancel, chargé des évènements de Chantilly. Le gardien du château, Patrice Dumas, brique les parquets, les argenteries et les cuivres des différents appartements. « Avant, j’étais ouvrier en usine et j’habitais en HLM dans une cité. Pour moi, vivre ici, c’est l’apothéose. » Mais le domaine se dégrade petit à petit, rongé par le temps et le manque de finances. Le testament du duc est aujourd’hui dépassé. L’administrateur explique : « la forêt de 7 800 hectares et la location des maisons du domaine devaient permettre de faire vivre le château et les collections, d’assurer les travaux nécessaires à cet ensemble exceptionnel et de le pérenniser. » Mais la vente du bois des forêts et les locations ne suffisent plus à couvrir les coûts du Domaine et notamment du musée. L’association des Amis du Musée Condé – Château de Chantilly contribue à la restauration des tableaux et le prince Karim Aga Khan est venu à la rescousse du Domaine à travers une Fondation pour laquelle il s’est engagé à apporter 3 millions d’euros par an sur 20 ans, notamment aux côtés de l’Etat. Ce baiser de Prince réveillera peut-être les murs du château de Chantilly. Comme dans un conte de fée. Texte : Bérénice Debras – 33 6 16 47 10 58 – bereniced@wanadoo.fr



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